Enfant surdoué ou enfant précoce ?

Enfants surdoués, enfants précoces, adolescents surdoués : avant de rentrer au cœur du sujet, un petit point de vocabulaire. On parle d’enfant « surdoué » ou « précoce ». Le terme « précoce » signifie « précoce par rapport à sa tranche d’âge ». C’est pour cela qu’une fois adulte, ce terme n’a plus de sens et qu’on utilise uniquement le terme de « surdoué ». On parle aussi de « haut potentiel » et plus affectueusement de « zèbres ».

Enfant surdoué et parentalité

Lorsqu’on est parent d’un enfant surdoué et soi-même un adulte surdoué et heureux, les choses coulent assez naturellement. On connaît le fonctionnement de son enfant puisque c’était le sien. Et comme on a pu, pour diverses raisons, se construire de manière équilibrée, on peut accompagner son enfant sereinement. Les différences sont acceptées et valorisées au mieux et les relations avec les personnes non surdouées sont également apaisées. La notion de complémentarité est totalement intégrée.
Mais lorsqu’on n’est pas un adulte surdoué ou lorsqu’on est un adulte surdoué en souffrance, alors être parent d’un enfant surdoué devient un exercice périlleux. Comment accompagner un enfant dont je ne comprends pas le fonctionnement ? Comment accompagner un enfant dont je connais le fonctionnement puisque c’est le mien mais dont je n’ai pas pu tirer le meilleur et qui me fait souffrir au quotidien ?

De l’enfant précoce à l’adolescent surdoué : petit zèbre deviendra grand

L’enfant surdoué (et plus tard l’adolescent surdoué) présente donc certains traits particuliers : il pense différemment et plus vite que ses pairs (pensée en arborescence et vitesse élevée du traitement de l’information), il ressent les choses beaucoup plus fortement (hypersensibilité et hyperesthésie), il se vexe facilement (l’hyper-sensibilité va de pair avec l’hyper-susceptibilité), il ne supporte pas l’injustice, il s’ennuie vite …

Plus la précocité est grande, plus la différence avec ses pairs sera importante et potentiellement douloureuse.

Saut de classe et surdoué ?

Le saut de classe est à envisager individuellement. S’il n’a rien d’automatique, il est souvent bénéfique. Ne pas s’ennuyer à l’école participe à un équilibre global. Souvent le manque de maturité est mis en avant pour retarder le saut de classe. Mais l’enfant surdoué ne souffre pas d’un manque de maturité affective qui va « se combler » dans les années qui suivent : il est hyper-mature intellectuellement et hypersensible au plan affectif. Cette hypersensibilité fait partie de son fonctionnement psychique. S’il est bien accompagné, se retrouver avec des élèves de un an plus âgé que lui ne sera pas « un traumatisme » pour l’enfant précoce.

Parents d’enfants précoces : quelques conseils pour l’accompagner

Apprenez à connaître, en lisant si besoin les livres à ce sujet, ses différences de fonctionnement. Des ouvrages très bien faits, notamment ceux de Mme Jeanne Siaud-Facchin, existent et j’encourage toujours vivement les parents d’enfants précoces que je reçois à lire ces ouvrages. Ils donnent des pistes, permettent de voir plus clair et les questions qu’ils soulèvent peuvent être reprises avec moi au cours de la thérapie.

Acceptez ces différences contre lesquelles il ne peut rien. Il est comme ça et fonctionnera toujours comme ça. Il est hypersensible, oui, parfois c’est « lourd » mais lui crier de prendre sur lui n’arrangera rien. Écoutez-le et dédramatisez. Donnez des exemples de comment vous, enfant, vous viviez le même type de situation. Les enfants sont toujours heureux et rassurés de savoir que les adultes, et surtout leurs parents, ont aussi eu peur, eu mal et ils sont curieux de savoir comment ils ont géré.

Valorisez ses différences. Il a besoin d’être nourri intellectuellement : fournissez à son rythme. Ne le sur-stimulez pas, cela ne sert à rien, mais s’il demande à lire un magazine d’astronomie à 6 ans, donnez-le lui. Il est hypersensible : cela signifie une grande capacité d’empathie …

Ne vous moquez pas de lui et particulièrement quand il est très jeune. Son hyper-sensibilité associée à son jeune âge ne lui permettront pas de le prendre avec humour. Cela le blessera profondément. C’est en grandissant, petit à petit, que vous lui apprendrez l’autodérision. C’est une capacité fondamentale qui lui permettra d’atténuer son hyper-susceptibilité.

Qui dit hyper – maturité intellectuelle, dit hyper- immaturité affective : il a et aura toujours besoin de régresser par moments. Donc si votre adolescente qui vous bat aux échecs depuis qu’elle a 8 ans veut regarder « Mary Poppins » avec son doudou lapin un dimanche après-midi, laissez faire et ne vous moquez pas d’elle. Elle conservera toute sa vie ce besoin de régression affective par moments.

Aidez votre enfant à percevoir la complémentarité avec ses pairs. C’est fondamental pour son estime de soi et son intégration sociale. « Oui tu réfléchis très vite et tu comprends les maths avant qu’on ne te les explique. Mais Clara joue très bien du piano, Mathis dessine de supers BD, Zora est championne de natation, Paul adore le jardinage, Pierre a beaucoup de muscles … Tu as des capacités et les autres en ont d’autres. On n’a pas besoin dans ce monde que de ministres et de polytechniciens. On a besoin de jardiniers pour voir de beaux paysages dans nos villes, on a besoin de sportifs pour avoir envie de se dépasser, on a besoin d’artistes pour rêver et pleurer, on a besoin de policiers pour nous protéger … ». Plus vite il intègrera qu’il est différent comme tout un chacun est différent et que nous sommes tous complémentaires et interdépendants et plus vite, il s’intègrera. Il acquerra aussi une estime de soi bonne et stable (je sais ce que je vaux) mais aussi un respect des autres, le protégeant de l’arrogance et du mépris, signes de fragilité.

Répondez à ses questions honnêtement et cherchez avec lui si besoin. Il posera plus tôt que les autres des questions sur la mort et le sens de l’existence. Si vous vous sentez gêné pour répondre par peur notamment d’en dire trop, de nombreux livres permettent de fournir des réponses adaptées à son âge.

Traitez-le toujours comme un enfant de son âge. En effet, le risque avec ces enfants est de les traiter comme des plus grands car ils sont en avance intellectuellement. Il parle comme un livre, d’accord mais à 5 ans, on reste encore un tout – petit qui a besoin de câlins et de cadre ferme pour les repas, le coucher …

Ne le laissez pas prendre une place qui n’est pas la sienne à la maison. Comme l’enfant précoce réfléchit très vite et très bien et a un grand sens de la justice, il aura toujours tendance à la maison et à l’école à vouloir diriger ses frères et sœurs et ses pairs. Ne le laissez pas faire. Il a de bonnes idées, oui. Il les partage, bien sûr. Mais ce n’est pas l’adulte. On ne se fait pas des amis à l’école en commandant tout le monde ou en rapportant ce qu’a fait un tel ou un tel.

Favorisez le développement de sa créativité : essentielle à son équilibre, elle peut prendre des formes diverses : dans les arts (musique, dessin, peinture …), en écriture, en cuisine …

Si l’ennui est l’ennemi des personnes surdouées, elles doivent apprendre et dès l’enfance, à gérer les moments de vide et à lâcher par moments la sphère cognitive, « le mental », particulièrement active chez elle. Cela fait partie d’un équilibre général. Proposez des petits moments d’écoute de musique ou de méditation. Il existe des CD de méditation guidée pour enfants et adolescents. Ce sont de bons supports pour apprendre à se poser et être face à soi-même tranquillement.

J’espère que ces quelques conseils pourront vous aider au quotidien à accompagner vos petits zèbres pour qu’ils grandissent bien.

Audrey Contraire Grierson