L’adulte surdoué a été identifié en tant que tel depuis peu au regard de l’âge de la psychologie. Il existe aujourd’hui de nombreux livres au sujet de ces adultes dits « surdoués » ou « à haut potentiel ». On peut citer ceux de Mme Jeanne Siaud-Facchin, de Mme Monique de Kermadec ou encore ceux de Mme le Dr. Béatrice Millètre. Il existe aussi des sites dédiés aux personnes à haut potentiel et des associations.
Je fais ici une présentation large des conseils destinés aux adultes surdoués. Ils sont complémentaires d’une psychothérapie où le versant émotionnel est travaillé.

Adultes surdoués : les signes

Les signes de la douance englobent un fonctionnement cognitif particulier (QI au – delà de 130, pensée en arborescence, vitesse de traitement de l’information élevée, grande logique …) et un fonctionnement psychique spécifique (hypersensibilité, hyperesthésie, sens de la justice développé, grande empathie, créativité …). Mais au-delà de ces traits généraux, on rencontre des adultes surdoués aux profils très différents : artistes, ouvriers, cadres supérieurs, mères au foyer … Seul un neuropsychologue ou d’un psychologue clinicien peut poser ce diagnostic. Il s’agit ensuite d’aller au-delà de cette étiquette : en quoi être heureux impacte son rapport à soi, aux autres et au monde ? Et comment être heureux en étant surdoué ?

D’un sentiment aigu d’être différent à une difficulté à se projeter dans un couple au quotidien en passant par des problématiques relationnelles actuelles (amis, collègues, amours …), les causes du mal-être de l’adulte surdoué sont nombreuses.
Accepter sa différence de fonctionnement va être indispensable pour pouvoir en tirer le meilleur. En effet, vouloir la cacher et s’adapter à ce (qu’on pense) que les autres attendent de soi amène l’enfant précoce à une construction en faux-self et au long cours, à l’installation chez l’adulte surdoué d’un profond sentiment d’isolement générateur de souffrance.

Adulte surdoué et heureux : trois étapes vers le mieux-être

L’adulte surdoué n’est bien heureusement pas toujours en souffrance. Parce qu’il a eu des parents eux-mêmes surdoués et épanouis ou parce que ses parents non surdoués et son entourage (familial, scolaire et social) ont pu accompagner sa différence. Ces étapes sont les mêmes que l’adulte soit en grande souffrance morale ou qu’il se soit « blindé », parfois depuis l’enfance, pour ne plus la ressentir. On rencontre dans ce deuxième tableau des adultes apparemment froids, distants voire arrogants. Ils fuient l’attachement car ils ont appris qu’il est source pour eux de grande souffrance. Cette carapace les protège autant qu’elle isole et le risque majeur est de « passer à côté de sa vie », fuyant dans diverses activités pour ne pas penser et ressentir le moins possible.

La première étape du travail est d’accepter d’être différent : « Je pense différemment et plus vite que certaines personnes de mon entourage, je ressens les choses beaucoup plus fortement (hypersensibilité et hyperesthésie), je me vexe facilement (l’hypersensibilité va de pair avec l’hyper-susceptibilité), je ne supporte pas l’injustice, je m’ennuie vite si je n’ai pas de choses nouvelles à penser ou à vivre … »

La deuxième étape va être de ré-apprivoiser ces différences et de travailler l’estime de soi : elle est souvent basse et abîmée. Elle peut parfois être trop haute amenant à des difficultés d’intégration sociale. Mais elle n’est alors qu’une défense de plus pour se protéger et parvenir à fonctionner. Passer les personnes de son entourage au crible de l’intelligence logico-mathématiques amène soit à un sentiment d’isolement et d’ennui (« leurs sujets de préoccupation sont trop superficiels, pas assez intellectuels ; j’ai envie de m’isoler, de partir … »), soit à chercher à déceler ce qu’ils pourraient attendre de vous, afin de « rentrer dans le moule ». Là aussi, ennui et souffrance sont à la clé. Il est donc préférable d’observer et d’écouter les autres pour percevoir leurs richesses et leurs particularités. En effet, l’intelligence est multiple. En 1983, H. Gardner, psychologue américain, en décrit huit types : l’intelligence logico-mathématiques et l’intelligence verbo-linguistique (ce sont elles qui sont mesurées par les tests de Q.I.), l’intelligence spatiale, l’intelligence intrapersonnelle, l’intelligence kinesthésique, l’intelligence inter-personnelle, l’intelligence musicale et enfin l’intelligence naturaliste. Cela permet donc de mieux s’accepter et d’oser montrer ses propres différences. Prendre conscience de la complémentarité des êtres humains permet d’être mieux intégré et plus heureux en société.

Enfin, la dernière étape consiste à tirer le meilleur de son fonctionnement : l’hypersensibilité permet de grandes capacités d’empathie, le fonctionnement global psychique et cognitif particulier permet une grande créativité, le sens de la justice peut être mis au service de l’action … Le terme de créativité est à entendre au sens large. Il ne s’agit pas seulement du domaine artistique. On peut être créatif dans sa manière de penser son quotidien, d’élever ses enfants, de gérer son travail, de vivre son couple … Chez l’adulte surdoué, la créativité est particulièrement à développer. D’abord car elle préserve d’un ennui mortifère et ensuite car elle fait travailler l’imaginaire et pas seulement la sphère cognitive, déjà très active.

Adulte surdoué : comment s’épanouir au travail ?

L’adulte surdoué a besoin d’avoir plusieurs projets à mener en parallèle. Performant et rapide, il s’ennuie vite s’il n’a pas de « grain à moudre » intellectuellement. Cependant il est important de définir un ordre de priorité et d’accepter d’en laisser certains de côté. En effet, le gout de la connaissance et l’accès aujourd’hui quasi-illimité à l’information peut entraîner un éparpillement et un passage à l’action toujours différé. Lorsque vous vous lancez, faites-le sans trop réfléchir, vous rectifierez ce qui doit l’être ensuite. Lorsque des idées arrivent, notez – les (pour ne pas vous interrompre ou pour plus tard si vous êtes occupé à autre chose) et restez canalisé de manière constructive. Lorsque le projet est terminé, passez à autre chose. Renoncer à certains projets, choisir, s’arrêter alors que tout est toujours perfectible fait partie des traits de fonctionnement sur lesquels l’adulte surdoué doit souvent travailler.

Certains auteurs conseillent de faire plusieurs choses en même temps (par exemple, penser à son projet en faisant son jogging ou en cuisinant) car cela convient parfaitement au fonctionnement cognitif particulier de l’adulte surdoué (pensée en arborescence, grande intuition, traitement très rapide de l’information …). Cela lui permet de laisser mûrir ses projets avant de passer à l’action. Certes cela fonctionne très bien mais ce conseil a ses limites notamment car sur le plan émotionnel, cela favorise la mise à distance des émotions qui peut parfois devenir une fuite en avant : penser, penser encore et toujours pour ne pas ressentir. Il va aussi à l’encontre de l’idée de pleine conscience à savoir : être là, dans l’ici et maintenant. Donc être multitâche est certes productif et agréable pour l’adulte surdoué mais cela ne doit pas être un fonctionnement permanent.

A moins de travailler seul, l’adulte surdoué va devoir s’adapter à ses collègues qui ne sont pas tous forcément surdoués. Les personnes non surdouées utilisent un raisonnement séquentiel et ont besoin d’établir des plans : une chose, une idée après l’autre. Pour l’adulte à haut potentiel qui est très intuitif, pense vite et analyse plusieurs choses en même temps, faire des listes et des plans complique énormément les choses et, à ses yeux, de manière forcément inutile. Mais faire cette concession est parfois indispensable. En effet, l’adulte surdoué a de nombreuses idées. Comme elles lui apparaissent comme une évidence, le problème pour lui est souvent de les formaliser pour les exposer : comment expliquer ce qui semble couler de source ou comment les agencer lorsqu’elles ne sont encore qu’une ébauche ? De plus, parce qu’il pense vite et que son engagement émotionnel va toujours de pair avec ses pensées, il a du mal à accepter que les autres ne voient pas directement qu’il a eu une très bonne idée. Les autres ont besoin d’un cheminement rationnel pour adopter ou non une nouvelle idée, cela prendra donc un peu de temps. Il vous faut, avec diplomatie, justifier votre raisonnement et dérouler un raisonnement logique pour convaincre. Même si cela vous paraît fastidieux et ennuyeux, détailler votre raisonnement peut vous amener à penser à d’autres éléments et vos collègues peuvent aussi insérer leurs idées. Accepter ce temps se travaille aussi en thérapie. L’adulte à haut potentiel doit garder en tête que les autres ont aussi un effort à faire pour s’adapter à son fonctionnement. Ils vont moins vite que vous : c’est une chose à accepter. Et, encore une fois, ne pas oublier que l’intelligence logico-mathématique n’est pas la seule forme d’intelligence. Savoir repérer les forces et atouts des autres permet de bien mieux accepter leur lenteur dans le raisonnement. On devient alors complémentaires au lieu de se sentir seul et agacé et les différences peuvent être vécues de manière plus légère.
De plus, l’adulte surdoué travaille plus efficacement dans l’urgence. Là non plus, ce n’est pas le cas des autres personnes. A vous de voir ce que vous pouvez réfléchir, concevoir et gérer à votre manière et à votre rythme et ce pour quoi il faut vous adapter.
Enfin, un travail en demi-régime, répétitif et sans créativité, va fortement impacter votre humeur, voire conduire à une dépression. Votre profession doit absolument être source d’épanouissement et de créativité.

Au quotidien et dans votre profession, il vous faut écouter votre intuition car elle est nourrie par de nombreuses informations emmagasinées sans toujours vous en rendre compte (hyperesthésie et traitement rapide de l’information). Vous pensez différemment et vous ressentez différemment, c’est une richesse, faites-vous confiance !

Audrey Contraire Grierson